La publicité nuit gravement aux batteries des smartphones 


Utiliser des applications pour smartphones financées par la publicité coûte-t-il davantage à l’utilisateur que du « temps de cerveau disponible », pour reprendre l’expression de Patrick Le Lay ? Selon une étude de l’université de l’Indiana et de Microsoft (pdf), l’utilisation d’applications financées par la publicité se traduit aussi par une consommation d’électricité nettement accrue, ce qui accélère la vitesse à laquelle la batterie de l’appareil se vide.

Les chercheurs ont étudié la consommation d’électricité de cinq applications différentes fonctionnant sur Android, le système d’exploitation pour mobiles de Google. En mesurant la consommation énergétique des différentes parties d’un programme, ils sont arrivés à la conclusion que la publicité peut représenter la moitié de la consommation d’une application ; une proportion qui augmente avec le nombre d’informations recueillies sur l’utilisateur.

Pour le jeu Angry birds, par exemple, seuls 20 % de l’énergie sont utilisés pour le jeu lui-même – rendu graphique, moteur de jeu… 45 % de l’énergie est en réalité utilisée par le module publicitaire du jeu : ce dernier géolocalise l’utilisateur, et recueille également d’autres informations, comme le type d’appareil utilisé. Ces informations sont ensuite transmises aux serveurs publicitaires, qui renvoient au téléphone des publicités ciblées. Les transferts de données représentent 28 % de la consommation énergétique.

Les proportions observées pour Angry birds varient, mais dans les cinq applications observées, environ un quart de l’électricité consommée par l’application est utilisée pour le suivi de l’utilisateur. Pour le jeu d’échec gratuit FreeChess, seuls 20 % de l’énergie sont utilisés par l’intelligence artificielle – classiquement la partie la plus consommatrice de ressources d’un programme d’échecs. 50 % de l’électricité utilisée par le logiciel est en revanche dévolue à la publicité.

DIFFICILE OPTIMISATION

Le problème n’est pas nouveau, mais les solutions sont rares. Les optimisations auxquelles travaillent certains éditeurs ne permettront probablement jamais aux applications de réduire massivement leur consommation d’électricité… tant qu’elles souhaitent recourir à des fonctions poussées de ciblage publicitaire comme la géolocalisation, grosse consommatrice d’énergie.

Pour certains éditeurs, paradoxalement, la consommation électrique des applications gratuites pourrait pousser les utilisateurs à acheter les versions payantes et sans publicité de leurs logiciels. Pour l’instant, cependant, la plupart des éditeurs pour Android privilégient le modèle publicitaire à la vente d’applications, pour des raisons économiques. « Même pour les studios les plus couronnés de succès, les ventes d’applications Android ne dépassent jamais les 10 millions d’exemplaires. Nous avons plusieurs centaines de millions d’utilisateurs d’Angry Birds, cela n’avait aucun sens d’en proposer une version payante jusqu’à peu », expliquait l’un des responsables de Rovio, l’éditeur d’Angry Birds, au magazine The Verge. Contrairement aux versions iPhone, Rovio avait fait le choix de ne proposer que des versions gratuites de son titre-phare sur Android jusqu’à ces derniers mois.

Damien Leloup

Crédits : Rovio. Source Le Monde.fr

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