NUMÉRIQUE | Sorte d’eBay du fichier dématérialisé, ce site américain espère faire de l’ombre à Amazon et iTunes.

© DR | Le top 10 des meilleures ventes sur ReDigi. On y retrouve toutes les vedettes habituelles de la musique pop à un prix de «deuxième main».
Luca Sabbatini | 29.11.2011 | 13:50
Décidément, la révolution numérique n’a pas fini de nous surprendre. Qui aurait cru qu’un jour, il serait possible de revendre de la musique dématérialisée d’occasion? De commercialiser des fichiers MP3 — par définition inusables et copiables à l’infini — de deuxième main? C’est pourtant le pari, apparemment légal, que tente ReDigi.com
Basé à Boston, ce site se présente comme une sorte d’eBay du MP3. L’internaute a ainsi l’occasion de se débarrasser de tous les fichiers musicaux dont il ne veut plus et qui encombrent son disque dur. Ne peuvent être vendues que les chansons achetées déjà dématérialisées au départ — à l’exclusion, donc, des copies tirées de CD et des titres piratés…
Grâce aux métadonnées (les informations inscrites sur le fichier numérique lui-même), la technologie de ReDigi permet en effet de distinguer les MP3 «légitimes», acquis par exemple sur Amazon ou iTunes, de ceux obtenus par des voies «suspectes».
L’internaute vendeur transfère d’abord sur les serveurs du site les fichiers qu’il souhaite céder. Il doit ensuite les supprimer de son propre disque dur. L’acheteur, lui, se voit garantir un prix par chanson plus bas que sur les sites marchands habituels (79 cents contre 99 sur iTunes). Celui qui met des fichiers en vente reçoit 20 cents à dépenser sur un futur achat, ce qui réduit d’autant le prix de la chanson. Et comme il s’agit de musique numérisée, la qualité reste théoriquement toujours la même, au «bit» près.
Petite touche finale réservée aux mélomanes pointus: la possibilité de demander un titre. Celui qui le possède et accepte de s’en séparer peut alors vendre la chanson à celui qui la cherche. Pas question en effet de multiplier miraculeusement les fichiers: si le «stock» d’un titre est épuisé, l’acheteur potentiel devra patienter jusqu’à ce que quelqu’un l’offre à la vente.
Ce système astucieux, réservé pour l’instant uniquement aux Etats-Unis, va-t-il finir de mettre en déroute une industrie moribonde? L’association faîtière des producteurs de disques américains, la RIAA, n’a pas attendu que le service décolle pour le poursuivre en justice, sous prétexte que les ayants droit ne seraient pas rétribués lors de la vente de ces MP3 d’occasion. Sauf que ses avocats se retrouvent face à un véritable casse-tête juridique.
Difficile de prouver que le principe du droit de revente, qui existe pour les achats physiques, ne peut être appliqué aux biens immatériels… Selon John Ossenmacher, le fondateur et CEO de ReDigi, son système garantit la transparence et la légalité des échanges: «ReDigi donne à l’utilisateur des outils pour être en accord avec les lois. Avant de pouvoir y vendre un fichier, il faut accepter de le supprimer (sur son propre disque dur), autrement la transaction n’aboutira pas.»
En bref, le site identifie chaque MP3 comme un objet unique, à la manière d’un bien matériel, grâce à un procédé de marquage numérique qui permet d’en suivre le parcours à travers les serveurs de ReDigi.
Après quelques semaines seulement d’ouverture au public en phase bêta, ReDigi répertorie déjà quelque 11 millions de chansons. Et John Ossenmacher prévoit de lancer bientôt un deuxième site, consacré cette fois aux livres numériques d’occasion. En attendant de s’attaquer aux films… Tribune de Genève
Ping : Sur ReDigi, les internautes achètent leurs chansons en MP3 «d’occasion» | Conseiller web