Panique dans l’électronique 

Souci de discrétion boursière ou manque réel d’information, les fabricants ne sont pas bavards. Les discours officiels sont laconiques, la communication soigneusement verrouillée : « Nous avons envoyé du matériel aux secouristes », « nous organisons une collecte », mais sur la désorganisation prévisible de la production, rien ou presque. Quelques filiales acceptent de partager leurs inquiétudes. Le secteur de la photo a été particulièrement touché. Le Japon, qui produit la moitié des appareils photo vendus dans le monde chaque année, risque de perdre du terrain. « Sur ce point, l’année risque d’être catastrophique », explique Laurent Roussel, directeur de Panasonic France. Sa marque Lumix a été durement touchée, les usines rouvrent au compte-gouttes. Triste consolation, ses concurrents japonais sont logés à la même enseigne : Nikon a fermé l’usine qui fabrique ses reflex professionnels et sept filiales qui se trouvent dans la zone sinistrée ; quant à Canon, huit de ses sites ont été touchés à divers degrés.

Impact mondial

Malgré les coupures de courant, les transports chaotiques et la menace nucléaire qui plane toujours, les usines qui le peuvent reprennent une partie de leurs activités : « Nos sites de production seront à nouveau opérationnels dans quelques jours », explique Philippe Citroën, le directeur général de Sony France. « Mais les informations dont nous disposons aujourd’hui sont plus mauvaises qu’il y a dix jours, l’approvisionnement en pièces détachées est totalement désorganisé. » Dans un système de production à flux tendus, le moindre incident dérègle la machine. Même installés à des centaines de kilomètres de la centrale, les concurrents avancent aussi à l’aveuglette : « Nous sommes incapables d’identifier la micropièce qui manquera à l’appel dans un mois ou deux », explique Patrick Chardin, chez Sharp. Les usines qui ont timidement redémarré risquent donc de s’arrêter à nouveau, faute de pièces.

Les conséquences de cette rupture dans la chaîne de production japonaise s’étendent progressivement au monde entier. Le groupe japonais Renesas (Hitachi, Mitsubishi Electrics et Nec) fabrique des puces électroniques et des modules de mémoire que l’on retrouve dans de très nombreux téléphones, chez le finlandais Nokia, le canadien Rim, le coréen Samsung ou l’américain Apple… Ces sociétés pratiquent l’approvisionnement multiple, elles pourront continuer à produire, mais à des cadences probablement moins importantes qu’elles ne l’envisageaient. Nokia a d’ailleurs fait savoir officiellement qu’il s’attendait à ce que la disponibilité de certains produits soit perturbée.

Le parcours du combattant ne fait que commencer, les constructeurs asiatiques craignent que les autorités adoptent des mesures portuaires qui rendraient l’importation encore plus compliquée. « S’il faut planter un douanier devant chaque container pour mesurer un hypothétique taux de radioactivité, c’est le début de la fin », lâche un patron de filiale inquiet. Le plus dur est peut-être à venir : les ports allemands et hollandais prévoient déjà de surveiller les navires en provenance du Japon. Les premiers arriveront en Europe cette semaine.

Source Le Point

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